Y a de la joie sous le ciel de Belle-Île

Mon précédent post pourrait laisser dire aux mauvaises langues que depuis mon arrivée sur Belle-Île, je n’ai fait que marcher et manger des huîtres sur la plage. Je tiens donc à éclaircir les choses par un article consacré au site qui m’héberge et où je TRAVAILLE ! Non mais, je suis quand même en wwoofing ! IMG_20150409_095846Ce lieu fait d’ailleurs mentir l’acronyme même WWOOF (dont les lecteurs les plus observateurs auront lu la définition dans la page ‘Le Wwoofing c’est quoi ?’ du blog), puisque je ne suis point dans une ferme, mais dans une propriété qui dispose d’un jardin en permaculture, certes magnifique, pour autant plus fourni en fleurs, arbustes et arbres forestiers qu’en plants potagers. Alors qu’y fais-je donc me direz-vous ? Et bien c’est là toute la souplesse du concept de wwoofing, qui est ouvert à toute personne désireuse de se faire aider dans son projet, quel qu’il soit, pourvu que cela ait un lien avec l’écologie.

En l’occurrence, le lien, c’est la gestion écologique de l’eau. Je suis donc hébergé par les trois (quasi-)sexagénaires propriétaires de la maison… enfin, deux puisqu’une des trois, Anne, a décidé de retourner vivre sur le continent… pour être exact, une seule reste vraiment sur place, Brigitte, car Catherine, la troisième, vit chez sa nouvelle amie, qui s’appelle aussi Catherine, mais vient quand-même tous les jours bosser sur le lieu. Elle et Brigitte sont devenues les meilleures amies du monde, après avoir vécu en relation pendant presque vingt ans !! Je ne rentrerai pas plus dans les détails de ce trinôme devenu binôme puis jesaisplustropquoi-nôme dont je ne connais d’ailleurs pas tous les croustillants rebondissements, et à vrai dire, comme dirait l’autre, cela ne nous regarde pas !

Le pouvoir des plantes

Revenons donc à ce qui vous intéresse tous, j’en suis sûr, à savoir la gestion écologique de l’eau, qui est donc l’activité phare de l’association Belilo, créée par ces super-nanas.
L’essentiel des revenus est fourni par leurs interventions chez des particuliers, pour mettre en place différents systèmes de traitement de l’eau, voire des stages qu’elles organisent pour former les gens à de telles pratiques.
IMG_20150411_145146Et leur fer de lance, c’est la phyto-épuration, soit l’alternative naturelle à la fosse sceptique. Une technique qui consiste à confier aux plantes le soin de nettoyer ses eaux usées grâce à un système de plusieurs bassins remplis de graviers, dans lesquels poussent des plantes différentes selon leur place dans le circuit : jonc et papyrus, les ‘Monsieur Propre’ chlorophylliens, pour les bassins qui reçoivent directement les eaux sales, puis d’autres plantes plus ornementales qui finiront de filtrer les substances nocives jusqu’à obtenir une eau saine qui peut retourner à la terre sans polluer ! IMG_20150413_181309Et à voir les nombreux tritons tout mignons qui batifolent nonchalamment dans les derniers bassins, on peut être rassuré quant à la qualité de l’eau qui en ressort ! Évidemment il est fortement recommandé d’éviter les nettoyants hyper agressifs type javel, ou le super produit miracle qui, le temps de dire « BANG ! « , rend toutes propres vos pièces de 5 centimes toutes rouillées… passons ! Le tout étant très décoratif, on a tout à y gagner, sauf le temps, que nécessite forcément l’entretien d’un bassin d’ornement.
Une autre technique qui semble faire ses preuves mais qui n’est pas encore pratiquée sur l’éco-lieu, est l’épandage sur broyat. Les eaux usées sont vidées dans un bac rempli de broyat ou de paille, qui absorbera les matières nocives pour l’environnement et finira par être transformé en un riche terreau grâce à l’action de micro-organismes bouffeurs de paille imprégnée de matières nocives !! Alors merci qui ?

Les toilettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ?

IMG_20150417_184555_hdrUn des points communs à quasiment tous les sites où j’ai wwoofé, c’est la présence de toilettes sèches. Belilo ne déroge pas à la règle, évidemment, car souiller des litres d’eau potable quotidiennement avec ses déjections n’est pas classable dans la catégorie « gestion écologique de l’eau », et ce même si on mange bio, vegan, crudivore ou tout ce que vous voulez ! Ici, d’ailleurs, et là c’est une première, le système est bien pensé puisqu’il y a deux cabines, bâties au dessus de deux grandes « cuves », et qui s’utilisent en alternance, une fois que la cuve de la première est suffisamment pleine pour laisser le miracle se produire : la transformation de notre caca en engrais ! Pas besoin d’aller vider son seau sur un tas, au fond du jardin, ce qui ne paraît pas grand-chose mais se trouve être une bien belle idée !
IMG_20150414_191310Faire ses petites affaires en plein air, du moins à la belle saison, est en outre un vrai plaisir, plutôt que dans une pièce sans fenêtre, avec une odeur de désodorisant et un bruit de ventilateur. Toutefois, si vous êtes férus des espaces clos, notre girls band proposent à la location des toilettes sèches ambulantes : la « Karakrott » !
Maintenant si vous trouvez plus pratique de tirer la chasse et de vider l’eau du lave-linge dans la mer, c’est un choix que je m’abstiendrai bien de juger, m’étant moi-même conformé à cette habitude pendant des années !

Rien que de l’eau, de l’eau de pluie…

La question qui vous brûle les lèvres est certainement « d’où vient l’eau de consommation ? » Question pertinente ! N’étant pas raccordées (par choix) à l’eau de ville, toute l’eau consommée dans la maison vient de là-haut, pour reprendre les paroles de notre Véronique nationale… du ciel quoi ! Même si l’île offre un climat privilégié où la pluie est moins abondante que sur le continent, on est toujours en Bretagne, donc autant profiter des avantages. Le site dispose de citernes enterrées d’une contenance totale de 10000 litres. IMG_20150411_155126Pour la rendre potable, elle peut être bouillie (pour les tisanes et soupes par exemple), mais il y a aussi un robinet pourvu d’un filtre pour remplir simplement la carafe.
Dans le jardins se trouvent également des bassines un peu partout se remplissant à chaque pluie et destinées à l’arrosage des plantes (oui on arrose aussi en Bretagne !). Le système des buttes de permaculture largement employé ici, permet en outre de réduire grandement les besoins en eau, grâce à la couche de bois en décomposition qui, enfouie sous une couche de terre, agit comme une éponge. Merci Sepp Holzer !

Vivre simplement et joyeusement

IMG_20150411_155355En somme, tout est pensé pour ramener au minimum les besoins en ressources venant de l’extérieur, souvent onéreuses. Le bois par exemple, que ce soit pour le chauffage ou pour les aménagements paysagers, provient d’une haie de grands cyprès abattus il y a quelques années et débités en tronçons. À en voir leur stock de bois de chauffage (que j’estime à plus de 20 stères), elles sont épargnées de la corvée coupe de bois pour pas mal d’années encore.
L’alimentation est aussi concernée par cette volonté de faire au maximum avec les moyens du bord. Brigitte propose une cuisine végétalienne, très pauvre en gluten, en sucre, en graisse et en sel et avec beaucoup de crudités. C’est une volonté assumée de proposer des choses saines mais simples. Pourquoi aller acheter des baies survitaminées venant des montagnes à plusieurs milliers de kilomètres d’ici alors que les terres que l’on foule ne manquent pas de générosité ? IMG_20150417_103806_hdrQuitte à s’approvisionner sur la plage, là où personne, à mon grand étonnement, ne pense à se rendre pour remplir son garde-manger. Le bord de mer offre en effet des tonnes d’algues comestibles, et c’est là une des autres spécialités de l’asso : les stages de cueillette d’algues.
IMG_20150417_100014_hdrBon, autant dire que ce ne sont pas ces stages, un peu trop ‘alternatifs’ pour séduire les foules, qui rapportent des mille et des cents… mais dans un futur proche qui sait ?
De toute façon, ce n’est pas l’appât du gain qui motive mes ptites nanas, loin s’en faut ! Voilà d’ailleurs un autre dénominateur commun à toutes les fermes (ou pas ferme) que j’ai visitées : l’argent n’est jamais le moteur de la guerre ! C’est plutôt un bonus, naturellement toujours le bienvenu lorsqu’il se présente, mais qui n’est pas une condition à la satisfaction. Le milieu dans lequel j’évolue depuis trois mois maintenant, et auquel je m’adapte avec joie, est une hymne à la simplicité matérielle. Point de superflu, point de confort qui ne soit pas nécessaire. Une philosophie, si j’ose dire, que Pierre Rabhi appelle la sobriété heureuse. Car ce n’est pas une précarité subie, mais un choix de vie assumé et revendiqué. Se contenter, sans frustration aucune, de ce que l’on a, de ce que l’on peut avoir sans faire des pieds et des mains pour finalement s’encombrer de choses inutiles qui nous amènent vers une avidité grandissante. Jouir de l’essentiel, tel qu’il nous est proposé ! Voilà le crédo de Belilo, et j’adhère complètement !

Et le wwoofing dans tout ça ?

« Ben oui c’est bien beau, mais on sait toujours pas ce que tu fais ! »
Et bien je participe à la concrétisation des nombreux projets issus de l’imagination fertile de Catherine, la supernana bricolo qui pond une idée à la seconde et qui contribue grandement à l’amélioration de la qualité de vie sur le site, grâce à des aménagements d’abris, d’escaliers, de buttes, terrasses, ponts, composteurs, cabane…… IMG_20150415_183942ce qui peut paraître en contradiction avec le « vivre sobrement », mais qui répond juste à un besoin (limite obsessionnel) de Catherine, de construire et d’occuper ses mains et ses wwoofers avec sans cesse de nouvelles missions… Toujours en faisant avec les moyens du bord (palettes, branches de cyprès, etc). C’est aussi grâce à cette frénésie du bricolage qu’elles sont équipées notamment d’un four solaire, d’une marmite norvégienne, et d’un frigo sans électricité, autant d’équipements qui garantissent une certaines autonomie.
IMG_20150415_185321En ce qui me concerne, entre autres tâches de rangement du bois ou de bricolage, il m’a été confié la mission passionnante de mettre en place une clôture… vivante ! Le procédé est simple, on bouture des branches de saule osier,IMG_20150417_190437 en les plantant directement en terre, et on tresse, selon ses envies, puis on laisse le tout prendre vie. Génial non ? Bon on s’y prend un peu tard, la bonne période étant février, mais ça devrait le faire ! Du coup, galvanisé par cette oeuvre à l’élégance toute relative, j’ai poursuivi l’aménagement de toute la zone avec un MA-GNI-FIQUE escalier baptisé Fibonacci (même si aucune proportion n’a été mesurée…), IMG_20150415_185404un pont pour traverser la cressonière, et d’autres marches à droite à gauche, histoire de rendre l’accès plus agréable.

Vous voyez, je chôme pas ! Et travailler en compagnie de ces drôles de dames est un réel bonheur ! IMG_20150414_175501Brigitte est un petit bout de femme à l’accent picard et d’humeur constante, qui telle un papillon, voltige aux quatre coins du jardin, un éternel sourire serein aux lèvres, désherbant ses buttes, semant, repiquant et arrosant ses plants potagers, récoltant joyeusement les herbes pour le dîner et n’hésitant pas à se lever chaque nuit pour faire la guerre aux limaces qui s’en prennent à ses salades !! Et Couic ! Un coup de sécateur dans leur tronche baveuse ! Faut se méfier des apparences…
Catherine, elle, c’est tout l’inverse ! Grande et charismatique, elle débarque le matin dans sa combinaison de travail et la journée démarre sur les chapeaux de roue, avec une liste comme le bras des choses à faire. Toujours occupée à scier, visser, souder, elle impressionne par son habileté et sa rigueur dans son travail. Mais on s’aperçoit bien vite que derrière son côté strict en apparence, cette Geo Trouvetou version goudou aime avant tout rire et s’amuser.
Une bien belle rencontre avec deux bonnes femmes que tout oppose excepté leur côté indéniablement attachant, et que je n’oublierai pas de sitôt ! Une fois de plus, le déracinement sera difficile, et je serai bien obligé de revenir sur cette île qui m’aura offert tant de moments de grâce… ne serait-ce que pour m’empifrer d’algues et d’huîtres sauvages !!

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2 réflexions sur “Y a de la joie sous le ciel de Belle-Île

  1. Mais quelles magnifiques rencontres tu fais !!!! Vivre sur son terrain, l’amenager, le faconner… que je languis de pouvoir le faire nous aussi !!!!! En realisant une harmonie sur le lieu entre eau, terre (et mer dans ce site !!! ) et vie !!! Evidemment, je t’imagine trop t’eclater a faire ces clotures en saules, ces escaliers (souvenirs du clos des trop magnons) … genial !!!

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  2. Pingback: cuisine aux algues | Bordeaux Cuisine and Co

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